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La Revue socialiste a fait l'objet d'une numérisation par la BnF, à partir des collections de l'Office universitaire de recherche socialiste et du CEDIAS-Musée social, dans le cadre d'un partenariat avec le Collectif des centres de documentation en histoire ouvrière et sociale (CODHOS).
La revue a été indexée dans le catalogue du CEDIAS-Musée social, et les exemplaires numériques sont en cours de rattachement aux notices :

Elle est également disponible sur Gallica à cette adresse : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/cb32861464v/date

 
 
La bibliothèque avait mis en ligne en 2005 une première base de données des articles de cette revue, réalisée par Florent Lazarovici. Nous reproduisons ci-dessous la présentation qu'il en avait fait.
 
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La Revue socialiste (1885-1914)

La Revue socialiste est une « institution » du socialisme français de la IIIème République. Fondée en 1885 par Benoît Malon, la revue parait sans interruption jusqu'en 1914. Malon, autodidacte, ancien communard est un penseur indépendant et prestigieux. Il a travaillé, milité et débattu avec l'essentiel des socialistes français et européens ; il est connu et respecté. En créant la Revue socialiste, il veut exprimer ses propres idées mais surtout offrir un espace ouvert à tous. Dans le premier numéro, Malon présente son projet dans ces termes :

"La Revue socialiste, que nous fondons, en élargissant le programme de celle qui eut son utilité en 1880, ne sera l'organe ni d'un homme ni d'une secte, ni même d'un parti ; elle sera le foyer où convergeront toutes les idées de réforme et de transformation sociale qui, sous la pression des nécessités politiques et économiques, agitent si tragiquement notre époque. Car il est temps de dégager l'élaboration socialiste de toues les accidents de rivalités personnelles, d'ambitions particulières, de fanatisme d'école, d'intrigues de secte, de mêlée furieuse des partis, qui l'on tant entravée jusqu'ici. Par suite, il nous a semblé qu'il pouvait être utile d'ouvrir un chantier de travail en commun à tous les socialistes de bonne volonté sans distinction d'école. Nous appelons tous ceux qui, sur le terrain de la liberté et de l'égalité républicaines, travaillent à l'avènement d'une société délivrée de l'ignorance, de la misère, des dernières formes du servage ; à la suppression de l'antagonisme des classes, par l'organisation sociale de la production et de la distribution des richesses.

Quelle théorie, en effet, si large fut-elle, pourrait enfermer dans les mailles de son réseau de fer la pensée sociale contemporaine et résoudre dans tous ses détails, le problème social si complexe du XIXème siècle !"[1]

Dans les faits, le projet malonien ne durera pas. L'éclatement du socialisme en différentes tendances entraîne la création de revues confraternelles et concurrentes. La Revue socialiste devient vite, non un organe de synthèse, maiBenoit Malons l'expression d'un groupe de militants indépendants, souvent intellectuels et modérés. Cependant, l'ancienneté de la revue et le prestige de Malon (y compris après sa mort en 1893) lui conservent un rôle de référence dans la floraison de publications socialistes. Les directeurs successifs de la revue : Benoît Malon, Georges Renard, Gustave Rouanet, Eugène Fournière et Albert Thomas modifient progressivement le positionnement de celle-ci. Renard, intellectuel, professeur d'université, tire la Revue socialiste vers le monde des arts et lettres, cherche à élargir le lectorat et la rédaction. Rouanet et Fournière, disciples fidèles de Malon, reviennent à une ligne politique dominante. La revue, qui commence son déclin, se fait alors l'expression du socialisme modéré, des premières participations à un gouvernement, des réflexions sociologiques. Thomas, brillant espoir du parti socialiste, s'empare d'une revue déjà vieillie pour exprimer ses idées et celles d'une élite normalienne et socialiste. Chaque directeur apporte ses choix et ses hommes, mais tous restent fidèles à l'indépendance et à l'ouverture voulue par Malon.

 

Ces évolutions, ces choix autour d'une position stable et prestigieuse font de la Revue socialiste une source de grande richesse pour les historiens d'aujourd'hui. Même si les hommes de la revue ne sont pas les plus connus des socialistes français, leur présence continuelle au sein du débat socialiste fait de la revue une référence, tant pour ses contemporains que pour ceux qui la lisent aujourd'hui. Au cours des trente années de parution de la Revue socialiste, plus de six cents auteurs ont rédigés trois milles articles — sur tous les sujets. Toute la branche du socialisme modéré, peu ou pas marxiste, s'exprime dans les pages de la revue et expose largement ses idées, ses opinons. La Revue socialiste est une contribution majeure au développement du réformisme en France, elle accompagne les initiatives et les encourage, toujours prête à offrir un espace d'expression.

 

La base de données disponible ici contient tous les articles parus de 1885 à 1914. Elle a été réalisée dans le cadre d'un DEA sur la Revue socialiste en 2002-2003 et certains choix sont donc liés aux besoins et aux contraintes de cette recherche. Ainsi, le classement par thèmes est purement indicatif : les thèmes ont été fixés empiriquement à partir des titres des articles, qui ne sont pas toujours représentatifs du contenu. Néanmoins, la recherche par thème peut fournir une première approche d'un sujet. De même, un aspect important de la Revue socialiste a été exclu de la base par manque de temps : elle ne contient pas les très nombreux comptes-rendus de lecture qui sont présents dans chaque numéro et qui permettent à l'historien de replacer la revue dans son contexte et ses liens avec les autres publications. Malgré ces deux réserves, la base est destinée à fournir à son utilisateur un accès plus aisé et plus rapide au contenu de la Revue socialiste, et à encourager ainsi à son utilisation en tant que source historique.

 

Florent Lazarovici

 

Bibliographie indicative

1. sur la Revue socialiste en elle-même :

• REBERIOUX Madeleine, « La Revue Socialiste », in Cahiers Georges Sorel, n°5, « Les revues dans la vie intellectuelle, 1885-1914 », Paris, 1987, p. 15-39.

• FRAISSE Jean, La Revue socialiste de 1894 à 1898, Vincennes, mémoire de maîtrise (J. DROZ, M. REBERIOUX dir.), 1969, 162 p.

2. sur Benoît Malon :

• VINCENT K. Steven, Between marxism and anarchism : Benoît Malon and French reformist socialism, Berkeley, University of California Press, 1992, XIV-193 p. → Notice bibliographique

3. sur le rôle de la Revue socialiste dans le socialisme français

• PAQUOT Thierry, Les faiseurs de nuages, essai sur la genèse des marxismes français, 1800-1914, Editions Le Sycomore, 1980, coll. « Contradictions », 157 p. → Notice bibliographique

• PROCHASSON Christophe, Place et rôle des intellectuels dans le mouvement social français (1900-1920), thèse, Paris I, 1989 (dir. Madeleine REBERIOUX). → Notice bibliographique

• GOERGEN Marie-Louise, Les relations entre socialistes allemands et français à l'époque de la deuxième Internationale (1889-1914), thèse, Paris VIII, 1998 (dir. Madeleine REBERIOUX). → Notice bibliographique

 


[1] Benoît MALON, « Entrée en ligne », Revue socialiste, n° 1, janvier 1885, p. 1.